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Stratégie Europe : faire vivre l’idée européenne

Intervention de Sabrina Hamadi

 

Monsieur le président, monsieur le vice-président, chers collègues, nous saluons votre intention de mettre l’Europe au cœur des enjeux de notre Région avec cette stratégie 2017-2020.

Nous allons célébrer ce mois-ci le soixantième anniversaire du Traité de Rome, qui a donné naissance à un marché commun entre six pays (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) et qui constitue en quelque sorte le code génétique de l'Europe. La Communauté économique européenne (CEE) de 1957 est née de cette prise de conscience sans précédent qu’un intérêt commun, supérieur aux intérêts de chaque pays, lie entre eux les Européens.

 

Aujourd’hui, l’Union européenne est confrontée à une défiance dont la montée progressive a conduit au « Brexit » en juin dernier. Plus largement, d’un bout à l’autre du continent, enfle un « ras de bol » de l’Europe. Comment pourrait-il en être autrement ? L’option européenne sert  de catalyseur et de défouloir à une population qui se sent dépossédée de ses choix démocratiques, qui peine à maintenir ses conditions de vie dans une période d’austérité, qui voit s’opposer de manière croissante les riches et les pauvres, les connectés hyper-urbains et les isolés des banlieues ou des campagnes, les citoyens et les lobbies, banques ou multinationales.

 

Manque de transparence des institutions européennes, double discours des forces politiques majoritaires, absence de réel espace public européen : c’est le manque d’Europe qui crée le rejet des peuples. Face à ce constat, certains se réfugient dans les habits étriqués du nationalisme. Ils refusent de voir que la finance, la pollution, le dérèglement climatique… se moquent des frontières dessinées par l’Histoire.

 

Désormais, l’Europe affronte un risque majeur, celui de sa décomposition, avec des partis affichant leur volonté de sortir de l’Union européenne alors qu’ils sont aux portes du pouvoir dans plusieurs Etats, dont la France.

 

Alors l’Europe est à reconstruire. Vouloir reconstruire l’Europe, c’est définir un projet européen démocratique, durable, qui sort de l’austérité pour entrer dans une prospérité partagée. L’Union européenne est la première puissance économique de la planète mais elle reste hélas trop souvent la somme de 28 Etats qui viennent marchander leurs intérêts particuliers à Bruxelles. En l’état, les institutions européennes ont échoué à tracer la voie d’une sortie de crise à l’échelle continentale et ont abandonné l’initiative à des gouvernements dépassés.

 

Aujourd'hui il ne faut surtout pas moins d'Europe ; ce qui est nécessaire c'est de redéfinir le projet politique européen autour du progrès social et de la transformation écologique, seuls leviers à même de redonner confiance aux citoyens. Seule une nouvelle formulation du projet européen nous permettra d’être à la hauteur des enjeux. Les écologistes veulent construire une Europe fédérale qui associe les citoyens et permette une véritable solidarité. L’Europe est notre réponse à la mondialisation.

A partir du milieu des années 1980, la Commission, alors présidée par Jacques DELORS, a permis la création d’une nouvelle politique européenne de cohésion, s’appuyant sur différents fonds européens préexistants, pour apporter un soutien à des projets élaborés par les acteurs locaux, pour soutenir des territoires cibles ou des publics cibles, via le Fonds Européen de DEveloppement Régional (FEDER), le Fonds Européen Agricole pour le DEveloppement Rural (FEADER) et le Fonds Social Européen (FSE). Depuis trente ans, la politique européenne à l’égard des Régions s’est progressivement développée, faisant passer les acteurs régionaux d’un statut de simples bénéficiaires des actions européennes à un statut de partenaires des institutions européennes, et même de gestionnaires des fonds européens. Ainsi en France, les Conseils régionaux assurent aujourd'hui la gestion de certains fonds européens.

 

Définir et mettre en œuvre une stratégie de la Région Centre-Val de Loire en direction des thématiques européennes était donc particulièrement nécessaire. Nous partageons l’idée que la Région constitue plus que jamais l’échelon institutionnel pertinent pour accompagner les territoires dans leurs démarches de projets auprès des instances de l’Union européenne et pour promouvoir l’action européenne auprès des habitants. La Région est, de par les politiques qu’elle mène,  plus proche des besoins des acteurs du territoire et elle peut aussi,  à son échelle, contribuer à forger une Europe utile.

 

Cela passe forcément aussi par une maximisation des différentes opportunités que constituent non seulement les fonds structurels, mais aussi les financements que propose la BEI ou encore le Plan Juncker. Cela suppose également de préparer activement l’après 2020 pour la politique de cohésion mais aussi pour la politique agricole commune (PAC). Michelle RIVET évoquera tout à l’heure cette question des fonds européens et de leur avenir.

 

Mais forger une Europe utile, c’est surtout s’inscrire dans une démarche où l’Europe n’est pas réduite une fonction de tiroir-caisse. C’est un écueil qu’il fallait éviter en élaborant cette stratégie, car l’Europe ne peut pas être considérée uniquement comme un guichet et il n’était pas possible de faire l’impasse sur le projet européen en tant que tel ou sur les actions de sensibilisation à l’Europe en région. Notre Région doit revendiquer son engagement européen et rester à la pointe du combat pour l’Europe, ce sera le sens de l’intervention de Benoît FAUCHEUX.

 

Cette communication, notre groupe la voit donc comme le point de départ d’une nouvelle ambition de la Région Centre-Val de Loire pour favoriser l’ouverture des citoyens à l’Europe, en favorisant l’émergence d’initiatives qui s’inscrivent dans une dimension européenne, en repensant notre façon de de soutenir la mobilité européenne des jeunes, en actualisant nos coopérations décentralisées européennes.

Comme Patrick VIVERET nous y invite dans son dernier livre, faisons de l’Europe un « laboratoire de la fraternité » !