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SRADDET et équilibre des territoires

Intervention de Christelle de Crémiers

 

Au fil des années et des schémas de territoire, force est de constater que les agglos deviennent de plus en plus étendues et les villages dans les campagnes de plus en plus déserts. Les richesses et les équipements se concentrent de manière quasi mécanique et les études prospectives viennent confirmer, projet après projet, les décisions des élus ou des administrations de fermer des services dans les campagnes. Il s’agit à l’évidence d’une tendance de fond, qui suit une logique propre, indépendante des efforts ou des absences d’efforts des exécutifs territoriaux qui se succèdent depuis un demi-siècle. C’est une tendance de fond qui ne peut être seulement endiguée par la solidarité territoriale conduisant à plus « d’équilibre ». De fait, le mot équilibre n’est pas forcément porteur de sens à partir du moment où la gestion des territoires reprend à son compte les logiques de compétitivité et de concurrence du monde économique.

L’accélération de ce phénomène laisse présager le dépassement du seuil de tolérance de la part des élus locaux, mais aussi de la population. Pendant des décennies, la technique dite de la grenouille a fonctionné : c’était, année après année, une réduction des financements de l’Etat aux collectivités de quelques % seulement, mais en continu. L’accélération ces dernières années, et en particulier cette année, et ce qui est prévu pour les suivantes, plonge les élus locaux dans une inquiétude qui ne manquera pas de remonter des séances de la Conférence Nationale des Territoires.

C’est dans ce contexte que s’inscrit notre futur SRADDET. Autant il était encore possible il y a six ans de parler de solidarité et d’équilibre entre les territoires, autant il est nécessaire désormais de mener des politiques volontaristes, véritables digues contre une tendance de fond qui verra, sinon, comme je l’entendais récemment de la part des Maires, disparaître les villages et les petites villes. La question des centres villes doit également être posée. La lutte contre l’artificialisation des sols, tandis que des milliers de logements et magasins restent vacants en centre-ville, impose de considérer la redensification des cœurs de ville ou de village autant pour les habitants que pour les visiteurs.

Les maîtres mots de ces politiques en faveur des territoires sont relocalisation et diversification. Plusieurs politiques sectorielles comme celle du commerce, de la culture, de la santé ou de l’éducation sont concernées. La stratégie régionale du tourisme et des loisirs pour les cinq prochaines années peut aussi être considérée comme une réponse. Éminemment activité non délocalisable et porteuse de forts leviers de développement local, le tourisme nécessite peu d’investissements comparativement à d’autres activités économiques. Il est avant tout une affaire de créativité et de talents d’animation. La stratégie du tourisme ambitionne de développer le tourisme dans tous les territoires, y compris, et en particulier, ceux qui ne disposent, en apparence, ni de patrimoine culturel ni naturel. En apparence seulement, car le travail de révélateur des richesses cachées, le travail de création et d’animation est en fait essentiel. Les défis : réussir à bâtir un maillage du territoire d’animateurs formés et motivés, notamment à travers des offices de tourisme dont les missions ont profondément évolué en peu de temps, et conséquemment, un maillage d’acteurs du tourisme qui travaillent ensemble.

Ainsi, il apparaît le besoin de se donner une ambition à part entière pour le développement de projets touristiques sur les différents territoires régionaux, structurés en particulier grâce  aux itinérances douces, et en premier lieu aux itinéraires cyclables, intimement intégrés dans les territoires pour en révéler leur beauté et fédérer les énergies.

De même, la future stratégie régionale pour l’alimentation, vise dans sa globalité à relocaliser et à diversifier la production et la transformation des aliments à l’échelle des bassin de vie. En première étape, la création de projets alimentaires territoriaux, qui permettent aux différents acteurs de l’alimentation d’un territoire de se parler et de travailler ensemble de manière transversale, notamment en favorisant le regroupement de producteurs, puis en deuxième étape, l’instauration de système alimentaires territoriaux grâce à l’arrivée de nouvelles activités indispensables, comme sans doute, les yaourteries ou les abattoirs, pour espérer retrouver un certain degré d’autonomie alimentaire. Ainsi, l’alimentation devrait faire partie intégrante du prochain SRADDET, en tant que politique structurante des territoires.

L’alimentation comme le tourisme, sont des politiques qui peuvent contribuer à la relocalisation et à la diversification de l’activité économique des territoires et à ce titre, l’une comme l’autre, sont considérées comme des politiques partagées entre les différentes collectivités territoriales. C’est la réussite de la concertation avec nos partenaires des différentes échelles de territoire qui enracinera de manière durable toute politique destinée à long terme à endiguer la tendance de fond de concentration des richesses issue de la logique cumulative du système économique actuellement à l’œuvre.