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Quelles ambitions pour le futur SRADDET ?

Intervention de Benoît Faucheux

 

Monsieur le Préfet, Monsieur le Président, chers collègues, messieurs les membres du CESER, notre Région va, comme toutes les autres régions de France, préparer son SRADDET. Je vous propose de préciser notre vision de l’aménagement du territoire, en la situant dans une perspective de développement durable, de progrès démocratique et en veillant à améliorer l’Egalité entre les territoires.

LE SRADDET est l’occasion de dessiner le chemin de la transition écologique et citoyenne, d’indiquer la façon dont nous souhaitons réduire l’empreinte écologique de notre région (le climat, la nature, les déchets et le foncier). Comment nous prévoyons l’évolution de la population, des activités productives et de services, du transport et de ses infrastructures sans oublier la façon dont nous concevons l’urbanisme pour les années à venir. Nous sommes persuadés que dans ce processus il est essentiel d’intégrer un volet démocratie et citoyenneté ambitieux, dans la roue de ce que la Région initie en matière de progrès démocratique.

La loi NOTRe confère aux schémas régionaux d’aménagement un caractère prescriptif. Cette caractéristique - qui est pour nous une des rares avancées de la réforme territoriale de 2015 - place la Région au cœur des politiques d’aménagement, dans la co-construction, dans le respect du principe de solidarité et dans une vision d’avenir. Les documents de planification territoriale infrarégionaux devront respectivement prendre en compte et être compatibles avec les objectifs et les règles générales du SRADDET. Le groupe écologiste souhaite que le processus d’élaboration permette au territoire régional de se fixer des objectifs ambitieux, réalistes, et en concertation avec les habitants de notre région.

En matière d’énergie et de climat, le scénario négaWatt que nous avons réalisé en région Centre-Val de Loire montre que notre région peut être approvisionnée à 100 % en énergie renouvelable en 2050 et ainsi respecter les engagements internationaux de la France sur le climat. Et qu’en faisant cela, notre région créera autant d’emplois qu’en prolongeant l’approvisionnement actuel en énergie fossiles et nucléaire. Pour cela il faudra prioritairement être plus sobre et plus efficace en énergie. Nous devrons urbaniser autrement notre territoire, pour progressivement diminuer les besoins en déplacement, isoler 20 à 30 000 logements par an, en visant prioritairement les ménages frappés par la précarité énergétique, adapter les pôles urbains aux extrêmes climatiques et faire évoluer fortement notre production agricole et notre alimentation.

En effet, l’agriculture émet environ un quart des émissions de gaz à effet de serre de notre territoire, et a un gros potentiel de production d’énergie renouvelable.

La transition énergétique passe par une production décentralisée et diversifiée des énergies renouvelables, de toutes les énergies renouvelables disponibles sur notre territoire, aucune ne pouvant à elle seule remplacer le pétrole et le nucléaire. Il nous faudra développer le bois-énergie, la méthanisation, la géothermie, l’éolien et le solaire photo-voltaïque.

En matière de protection de la nature, notre Région a pour ambition de devenir une région à biodiversité positive. En d’autres termes, il s’agit d’inverser la tendance actuelle d’érosion de la biodiversité. Les causes de cette érosion sont connues et relèvent pour une bonne part d’entre elles du type d’aménagement du territoire et d’urbanisation que nous choisissons: la destruction des habitats naturels, la fragmentation de l’espace par des obstacles infranchissables, les pollutions, les espèces invasives et enfin le changement climatique. Le Schéma Régional de Continuité Ecologique, que nous avons élaboré avec l’Etat, sera intégré au SRADDET. Ce sera donc l’occasion de le revisiter pour l’améliorer. L’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement pourra proposer des évolutions, nous avons d’ores et déjà entendu qu’il y avait un enjeu à préserver les chemins, qui forment une trame verte fort utile pour la faune des plaines céréalières.

Le SRADDET devra comprendre un Plan Régional pour la Prévention et la Gestion des Déchets, intégrant un plan de développement de l’économie circulaire. Dans des territoires comme San Francisco, la quantité de déchets produits a été très fortement réduites, et les déchets restant sont compostés ou recyclés à 80 % ! Pourquoi ne pas s’inspirer de ces expériences pour développer au maximum l’économie circulaire et réduire notre empreinte écologique ? C’est d’ailleurs, je crois, le sens de la contribution du CESER sur le Plan Déchets.

Le foncier, agricole ou naturel est un bien précieux que nous devons plus qu’ailleurs préserver. Pour cela, nous devons repenser la façon dont nous aménageons les villes et les villages, redynamiser les cœurs de ville pour qu’ils soient encore plus conviviaux, qu’on y trouve une diversité de fonction et ainsi éviter l’étalement urbain, au profit de zones d’activités et de zones pavillonnaires en extensions permanentes.

Un Schéma d’Aménagement et de Développement Durable doit aussi avoir une projection de l’évolution de la population et de sa répartition géographique. Il y a bien sûr les évolutions tendancielles, mais sur 30 ans, et en organisant bien le maillage des services publics et de santé et d’éducation, les activités économiques, le transport…il est possible d’avoir une approche plus volontariste. La concentration démographique et économique dans le Val de Loire entre les aires urbaines d’Orléans et de Tours n’est pas une fatalité, elle pose d’ailleurs des problèmes de pression environnementale et participe de l’étalement urbain. Nous croyons qu’il est possible de maintenir et de développer le réseau des villes moyennes et secondaires dans notre région, qui fournissent la trame d’un aménagement équilibré de notre territoire.

Le transport est un volet majeur du SRADDET. Ce secteur produit environ un quart des émissions de gaz à effet de serre en région Centre. La transition énergétique du transport doit être une priorité. Nous devons à la fois faciliter la vie des habitants de notre région, réduire la consommation énergétique au maximum et augmenter très fortement la part des énergies renouvelables dans ce secteur. Dans notre vision de l’avenir, la mobilité électrique sera une partie de la solution, mais une partie seulement, aux côtés de l’utilisation du méthane et de l’hydrogène. Dans ce schéma, nous devrons prendre en compte tous les types de déplacements : les déplacements de personnes, au quotidien pour rejoindre son lieu de travail ou d’études, faire ses courses ou aller à un rendez-vous médical ; les déplacements de loisirs pour visiter sa famille, ses amis ou partir en vacances ; les déplacements des touristes. Et sans oublier les déplacements de marchandises. L’usage de la voiture individuelle est actuellement le seul moyen de transport possible pour un nombre encore trop grand d’habitants de la région Centre. L’objectif est de permettre à un maximum d’habitants d’avoir une alternative à la voiture individuelle, en mobilisant tous les moyens possibles. Les transports collectifs bien évidemment, par rail ou route, mais aussi le co-voiturage, pour les longues distances. Et le développement des déplacements à pied ou en vélo pour les déplacements plus courts, qui ont un double intérêt, pour l’environnement et la qualité de l’air d’une part, et la santé des habitants d’autre part. Pour que tout cela fonctionne bien et permettre effectivement de réduire le besoin de déplacement en voiture individuelle, il faudra bien évidemment améliorer l’inter-modalité, c’est-à-dire la possibilité de combiner facilement plusieurs modes de transport pour se déplacer.

Enfin, et mon collègue Charles Fournier l’a développé précédemment, nous souhaitons que l’élaboration et la mise en œuvre du SRADDET, ainsi que l’évolution des CRST, permette de faire progresser la citoyenneté dans notre région : en réduisant les inégalités territoriales, en développant les solidarités entre habitants, en favorisant les initiatives citoyennes. Mais aussi en favorisant les démarches de participation citoyenne, dans l’élaboration et la mise en œuvre de ce schéma. L’intégration des méthodes de construction ouverte vers les habitants et les acteurs du territoire est un défi que la Région relève. Il s’agit d’une nécessité démocratique.