Accueil Les 9 élu-es du groupe écologiste Alix Téry-Verbe La crise de la biodiversité, probablement aussi importante que la crise du climat

La crise de la biodiversité, probablement aussi importante que la crise du climat

Intervention d'Alix Téry-Verbe

 

Notre Région s’engage avec cette communication dans la préfiguration d’une agence régionale de la biodiversité, non pas pour créer quelque chose ex nihilo, mais bien pour fédérer et développer ce qui se fait déjà en terme d’observation, de mobilisation citoyenne, d’accompagnement des territoires, de préservation des espaces remarquables. A travers l’Ecopôle, il a déjà été démontré depuis 2008 tout l’intérêt qu’il y a associer des structures comme le Conservatoire des espaces naturels, FNE Centre-Val de Loire, le GRAINE Centre, l’union régionale des CPIE, la fédération des Maisons de Loire, etc.

Benoît FAUCHEUX a présenté la communication et je voudrais pour ma part insister sur les enjeux qu’il y a derrière ce qu’on appelle la « biodiversité ».

Produit de 4,5 milliards d’années d’évolution de notre planète, la biodiversité en est tout simplement le tissu vivant, avec deux dimensions indissociables : d’une part la richesse des formes du vivant (qui n'est encore aujourd'hui pas totalement connue) ; d’autre part la complexité et l'organisation des interactions entre toutes les espèces ainsi qu'entre ces espèces et leurs milieux naturels.

Il se trouve que le rythme d’extinction n’est plus en équilibre avec celui de la création d’espèces nouvelles. Cet épisode est ainsi appelé la « sixième extinction de masse » par les paléontologues. La sixième certes, mais la première… depuis la disparition des dinosaures ! Alors oui, la Terre a déjà connu de telles crises, mais cette fois c’est l’Homme qui en est responsable, de par la destruction des habitats naturels, la pollution, la surexploitation de la nature, les invasions biologiques occasionnées par l’Homme…

La perte de nature et les dégâts causés aux écosystèmes risquent d'être irréversibles, alors même que la nature nous rend gratuitement un nombre considérable de services : pollinisation, épuration, paysages, protection contre de nombreux risques… Je ne voudrais pas vous noyer avec des chiffres, mais retenez qu’un tiers de la production alimentaire mondiale dépend de la pollinisation ; ou encore que la moitié des molécules thérapeutiques dans le monde sont naturelles ou issues de process naturels... sans parler de ceux non encore découverts !

Dans la nature, un équilibre s'établit entre les proies et les prédateurs. Si les abeilles, les criquets rouge queue, les liparis des marais, les outardes canepetières, les sonneurs à ventre jaune, les lamproies marines et fluviales, les esturgeons et les grandes mulettes, ces dernières espèces étant toutes citées dans l'excellent « Livre Rouge » élaboré en 2014 sous la coordination de FNE Centre-Val de Loire et diffusé dans toutes les communes de la région, si donc ces espèces et des milliers d'autres disparaissent, c'est la survie même de l'Humanité qui sera en péril.

En dépit de l’immense menace générée par l’élection d’un climatosceptique à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, il y a eu au cours des dernières années une réelle prise de conscience sur la réalité du dérèglement climatique et surtout sur la nécessité impérieuse de tout faire pour contenir le réchauffement du climat bien en dessous des 2° C à la fin du 21ème siècle par rapport à l’ère pré-industrielle.

Une prise de conscience de même ampleur est nécessaire pour s’attaquer à la perte de la biodiversité. Elle a d’ailleurs commencé depuis plusieurs décennies, avec le premier rapport du Club de Rome en 1972, avec le sommet de la Terre à Rio en 1992, avec le sommet de Johannesburg en 2002, avec le sommet de Nagoya en 2010… Mais la crise de la biodiversité, pour l’instant moins documentée et moins médiatisée, est probablement aussi importante que la crise climatique qui lui est d’ailleurs en partie associée.

C'est en réalité à une crise écologique multiforme que nous sommes confrontés. L'érosion de la biodiversité, l'épuisement des sols, l'épuisement des ressources minières, l'accumulation des déchets et des gaz à effet de serre, tout cela nous renvoie au fait qu’il ne peut pas y avoir d'utilisation infinie des ressources sur une planète finie.

Et toutes ces crises s'entremêlent et se confortent mutuellement. Le dérèglement climatique mettra en cause la survie de nombreuses espèces végétales et animales, dont les capacités d'adaptation seront vraisemblablement fragilisées par la rapidité inédite des changements. A fortiori et réciproquement, la déforestation qui menace de très nombreuses espèces, est aussi une cause majeure de libération de carbone dans l'atmosphère et d'aggravation du dérèglement climatique.

Nous voilà donc dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique où l’influence de l’Homme est prédominante. Les risques dits « naturels » le sont de moins en moins. Aux « contre-finalités » du progrès technique mises en exergue par Ivan ILLICH depuis la fin des années 1960 s’ajoutent des effets exclusivement négatifs : la destruction de la biodiversité, la raréfaction des ressources en eau, le changement climatique, l’accumulation irréversible des pollutions et des déchets.

Avec la multiplication des catastrophes, c’est la question de la capacité des Hommes à agir et à peser sur leur destin qui est posée… Incendies de forêts et déforestation, inondations, algues toxiques, pollution de l’air, pollution au pétrole lourd, boues toxiques... Les désastres écologiques s’enchaînent telle une malédiction inéluctable. Nous savons pourtant qu’il ne s’agit pas de cela, mais que c’est notre mode de développement insoutenable qui détruit la nature, dérègle le climat et appauvrit les sociétés humaines.

Alors, disons-le clairement : enrayer la perte de biodiversité, c’est revoir nos modes de consommation et de production, c’est sortir de l’agriculture intensive et des pesticides, c’est arrêter la surpêche, le gaspillage,  la surconsommation. Il est temps que la crise écologique soit traitée à la hauteur des enjeux qu’elle représente. Et plus encore que l’argent, c’est la volonté, l’imagination et la cohérence dont nous avons besoin, à chaque échelon et dans tous les  territoires.