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La biodiversité dans l’espace rural

Intervention de Michelle Rivet

 

En complément de la communication présentée par Benoît FAUCHEUX et des interventions d’Alix TERY-VERBE et d’Estelle COCHARD, je voudrais de mon côté replacer la problématique de la biodiversité dans l’espace rural, qui couvre la majorité de notre territoire régional.

La modernisation de l’agriculture dans notre pays a conduit à l’invention de systèmes d’abord favorables à la biodiversité. Ainsi le bocage, encore présent dans une partie de notre Région, a permis une intensification de l’élevage tout en augmentant la biodiversité naturelle par rapport aux paysages de landes qui préexistaient.

Le bocage est toujours utile comme source de bois, d’abri pour les animaux domestiques, de refuge pour les auxiliaires des cultures, de protection des cultures contre les vents dominants. Il a acquis une valeur paysagère et touristique.

Mais face à des atouts difficilement mesurables, il y a l’évidence du coût de son entretien et le bocage disparaît.

C’est le problème récurrent pour la biodiversité : son intérêt se mesure sur le moyen et long terme, quand les agriculteurs sont soumis à la pression du court terme.

Au cours des siècles ils se sont attachés à enrichir la vie du sol pour le cultiver. Ils ont choisi d’élever les ruminants parce qu’ils transformaient de l’herbe en lait et viande grâce au fonctionnement microbiologique de leur panse. Mais cette alliance avec les écosystèmes naturels s’est dégradée avec l’irruption de l’industrie dans l’agriculture. Cette évolution préfère maîtriser les processus vivants plutôt que les utiliser. On préfère les alimenter cultures par les engrais et les protéger par les pesticides qu’utiliser les vertus du sol. A l’extrême, on s’en passe pour produire des tomates insipides. Il faut garder en mémoire la crise de la vache folle, avec les farines animales incorporées à l’alimentation des ruminants, pour se figurer les dangers potentiels de cette évolution.

Les impacts en termes de coûts induits de cette agriculture s’amplifient. L’un des plus préoccupants, pour la biodiversité mais aussi pour l’agriculture, est la baisse des insectes pollinisateurs, avec les mortalités récurrentes des abeilles.

La pollinisation de nos plantes cultivées dépend de ces insectes, qui sont des marqueurs de la biodiversité. De ces pollinisateurs dépendent les rendements en grandes cultures, mais surtout la fructification et les arboriculteurs ne peuvent se passer de ce service gratuit.

Il est donc primordial de trouver et valoriser d’autres itinéraires techniques. Et c’est le cas de l’agriculture biologique ou, à un moindre niveau, de l’agriculture intégrée qui s’appuient sur la vie microbiologique des sols et sur la biodiversité pour produire.

Si les écosystèmes naturels sur lesquels s’appuie l’agriculture se réduisent, la biodiversité domestique est également menacée par la sélection excessive à seule visée de production quantitative et d’adaptation à l’industrie agro-alimentaire.

Le combat des agriculteurs pour conserver le droit de semer leur propre récolte s’inscrit dans un combat général de préservation de la biodiversité domestique. Toutes les productions sont concernées et nous avons en région Centre-Val de Loire des associations actives, de la Coordination Nationale des Semences Fermières à celles de protection des anciennes races et anciennes variétés (comme l’URGC). Ces variétés obsolètes aujourd’hui fourniront peut être des solutions demain, dans le contexte du dérèglement climatique par exemple.

Les enjeux sur l’alimentation mondiale sont fondamentaux. Il n’est pas innocent que les firmes multinationales de l’alimentaire concentrent leurs efforts sur le contrôle des semences. La production d’OGM en est une illustration : concentrée principalement sur les plantes qui fondent la nourriture de l’humanité (maïs, soja, riz), l’offensive pour imposer les OGM est une offensive contre la biodiversité et pour le contrôle des multinationales sur l’alimentation planétaire. Les paysans qui ressèment cultivent la biodiversité, tout en conservant pour eux plus de marge sur leurs produits.

Enfin la biodiversité, c’est aussi de la valeur ajoutée. Je rappelle que pour obtenir un bon fromage, il faut de bons ferments dans le lait ; et que pour produire le lait une vache ou une chèvre doit manger une herbe de bonne qualité provenant de prairies à flore variée de préférence. Ce type de processus naturels et gratuits, basés sur la diversité microbiologique, est à la base des produits les plus emblématiques de notre gastronomie : fromages, vins, charcuterie etc... C’est une plus-value économique incontestable, nécessaire à la pérennité de nombre de productions et de savoir-faire locaux. Et dans notre région, ils ne manquent pas…

Je voudrais donc saluer l’engagement de la Région en matière de biodiversité, en particulier via les Contrats de solidarité territoriale et insister sur la nécessité de renforcer la mobilisation  de tous les acteurs afin que notre région devienne plus vertueuse, voire exemplaire, sur cette question.